écrit juste pour le plaisir, je n'ai strictement aucune prétention littéraire...

Bonheur matinal
Le dimanche matin
Se lever le premier
Avec la légèreté et l’habileté
Prudente d’un chasseur indien
Se faufiler dans la salle de bain
Carrelage glacé
Régler le débit d’eau chaude
A un fin filet fumant
Etouffer, surtout, tout bruit dérangeant
Qui pourrait éveiller la maisonnée
Les oiseaux chantent déjà l’aube
Tandis qu’on entend le souffle lent
De ceux qui sont encore à rêver derrière leurs paupières
Enfiler le pantalon de la veille...Oh ! réveil du petit frère ?
Fausse alerte, juste un soupir lancinant.
Un pull, les chaussettes : la droite la gauche
Enfin, sortir
Respirer
L’air frais matinal encore embrouillardé
Ne même pas distinguer les maisons au loin
Souffler son haleine blanche pour ajouter à ce joli nuage ambiant
S’engouffrer dans cette ruelle étroite
Monter les petits escaliers abrupts, béton vert mousse
Crépitement gourmand des minuscules cailloux sous la semelle
Par un soupirail sentir s’exhaler une bonne odeur chaude
De croissant et de pain des moissons
S’asseoir sur un de ces bancs qui ne comptent plus
Les dessins pires hauts gravés à l'opinel
En faire la lecture
« Marjorie je t’aime » « Gabrielle ici le 8/7/74 » « Bobby La Lune demain 8h02 »
Petites nervures dans le bois, souvenirs, déclarations, décalco, manies
A la pointe d’une clef ou d’un bic
Pour faire de ce banc public le témoin d’assise écorché
De la petite musique du temps
Qui passe...
L’amoureux de Marjorie en a-t-il épousé une autre ?
Bobby a-t-il été ponctuel ou bien s’est-il mis en retard pour décrocher la lune de Gabrielle ?
Constater satisfait la levée du brouillard
Regarder la vue, observer les lumières de la ville qui s’éteignent, une à une
Paris ouvre ses paupières engourdies
Une larme-écume au coin de l’oeil pour effacer la nuit
Doucement bâille, et se love, et s’étire,
Clin d'oeil au soleil caressant, à sa lumière orangée
Se demander ce que font les gens à cette heure
Compter jusqu’à 100 qu’une voiture s’engouffre dans le passage
Parfois attendre jusqu’à 126, ou 147.
Une voix de femme encore rauque et ensommeillée
Epoumone un charabia exotique et équivoque
Par le soupirail à quelques mètres
Les chalands matinaux déambulent
Pantouflards patauds badauds
Somnambules
Bras bringuebalants, z'yeux baissés
Ou bien fiers d’être si tôt levés, le pas décidé !
Enfin s’étirer, frais et dispos
Se diriger vers la boulangerie
Demander les croissants, encore chauds
Une baguette pas trop cuite comme d’habitude, oui oui
Des fraises tagada et des mistrals gagnants pour les petits
Enveloppés dans un sachet de papier froissé
Ca leur fera une jolie surprise après la messe.
Rejoindre la maisonnée, déjà en train de déjeuner.
BON DIMANCHE les Ipernitiens!